20 mai 2008

Un boulanger itinérant


(Les photos ne viennent pas de la boulangerie Auzet. Je les ai prises au marché couvert de Cannes en 2000.)

Je lis dans Confessions of a French Baker de Peter Mayle et Gérard Auzet (boulanger de Cavaillon) (pourquoi "confessions"? on se demande, franchement) que l'arrière-grand-père Auzet, né en 1845, surnommé "l'Ortoulan" pour des raisons qui ne sont pas passées à la postérité, était boulanger itinérant. Il voyageait de ferme en ferme et de village en village par les chemins du Lubéron avec sa mule et sa carriole dans laquelle il transportait d'une part une bonbonne d'eau-de-vie de belle taille et d'autre part, son levain ! Oui, son levain. Il s'arrêtait dans chaque ferme et faisait le pain avec la farine des fermiers et son levain. Ils étaient attendus partout avec impatience, lui, sa bonbonne, son savoir-faire et sa levure sauvage. (Pour en savoir plus sur la saga des Auzet, cliquer ici.)
J'ignorais tout à fait que ce métier eut jamais existé et ça me fascine. Son fils Baptistin a repris le métier mais à son époque, les boulangers ont commencé à se sédentariser. Baptistin a ouvert une boutique à Cavaillon, son petit-fils fils a fait de même à Oppède et son arrière-petit-fils, Gérard, de nouveau à Cavaillon.
Alors on peut penser ce qu'on veut de Peter Mayle. Il a découvert un filon (comment peut-on être Provençal, made in USA) et il l'a exploité à mort. Mais son premier livre sur le sujet, A Year in Provence, était vraiment rigolo (en tout cas à écouter car je l'ai "lu" sur cédés dans la voiture il y a des années de ça en allant travailler de nuit et je me rappelle que je riais de bon coeur toute seule de l'accent du lecteur quand il avait à dire quelques mots de français, à tel point que je me demandais ce que les autres conducteurs pouvaient bien penser) et si les livres qui ont suivi étaient du délayage, eh bien, on ne peut pas trop le lui reprocher. Peter Mayle n'a jamais prétendu faire de la grande littérature.
Cela dit, hier soir, quand j'ai commencé les Confessions, j'ai été prise aux tripes - moi, l'expatriée - par sa description de Cavaillon: "...The melon capital of France (and of the world, according to the local melon fraternity), is a market town of some 23,000 inhabitants, about a thirty-minute drive from Avignon. By day, it's a lively, crowded place. Cars prowl the street in search of a parking spot, housewifes sniff and prod the glistening piles of fruit and vegetables lad out on sidewalk stands shaded by striped awnings, café regulars study newspapers over their morning beers as dogs sidle between the tables hoping to find a fallen croissant. The sounds of laughter, vigorous argument, and les top hits of Radio Vaucluse burst out through open doors and windows."
(La capitale française (voire mondiale, selon les producteurs locaux) du melon est une ville-marché d'environ 23 000 habitants située à une demie-heure d'Avignon. De jour, c'est un lieu animé et surpeuplé. Les voitures parcourent les rues à la recherche d'une place de parking, les ménagères reniflent et tripotent les fruits et de légumes entassés en piles brillantes sur les trottoirs sous des auvents rayés, dans les cafés les habitués lisent le journal en dégustant leur bière du matin pendant que les chiens rôdent sous les tables à la recherche d'un croissant oublié. Des portes et des fenêtres ouvertes s'échappent des rires, de vigoureuses discussions et le hit-parade de Radio-Vaucluse.) (MC: la traduction est de moi et j'en assume toute la responsabilité.) Vous me direz que ce n'est pas grand chose que ce paragraphe et que c'est bourré de clichés. Je n'en disconviens pas mais l'évocation des sons, les rires, le choc des verres, les discussions animées, et surtout Radio-Vaucluse, pour moi, ça a fait "tilt" et j'ai retrouvé nos souvenirs de multiples petits voyages en Provence et d'un seul coup, je me suis sentie très triste à l'idée que cette année, nous n'irions pas et ça a suffi pour me donner envie de continuer à lire le livre.
Alors bon, il n'y a rien de bien extraordinaire dans ce qui suit, la description du travail nocturne des boulangers, des premiers clients qui arrivent aux aurores, du commis de l'Hôtel du Parc qui arrive tous les jours sur le coup de 6 heures et demi avec un grand sac en papier qu'il remporte rempli à craquer de baguettes, avec, au bras, un panier plein de croissants, du sourire de la patronne, de l'emballage expert des pâtisseries par les vendeuses, etc. Ensuite ce sont les recettes, dont aucune au levain (L'Ortoulan doit se retourner dans sa tombe) mais c'est sympa quand même...
En plus, ce n'est pas Guerre et Paix. On en vient à bout en 25 minutes (le livre compte 89 pages tout petit format) et personnellement je n'ai pas regretté cette demie-heure de boulange par procuration... Mon verdict, c'est que le livre serait sans doute complètement sans intérêt pour des Français qui vivent en France et ont constamment leur boulanger sous les yeux (d'ailleurs je ne pense pas qu'il soit traduit en français, quoique je n'ai pas vérifié) mais que pour des Français d'outre-Atlantique, il présente un petit charme exotique qui nourrit la nostalgie. Et chacun sait que la nostalgie, quand elle nous tient !...

1 commentaire:

  1. Charmant, en effet, et tu racontes bien, c'est bien agréable de faire ainsi ce petit voyage avec toi (à défaut d'autres, malheureusement).
    C'est cliché à mort, c'est vrai aussi. Et pas si sûr que ceux qui lisent les journaux aux terrasses des café sirotent tous une bière, mais bon...!!
    J'ignorais complètement, moi aussi, qu'il fut un temps où certains voyageaient de ferme en ferme avec leur levain.

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