26 août 2008

Confiture d'airelles rouges et de saskatoons

Lorsque l'on se trouve sur les rives du St-Laurent, dans une région tellement belle que ses premiers habitants, les Iroquois, l'appelaient le "Jardin du Grand Manitou" (autrement dit, le Paradis), connue de nos jours sous le nom non moins descriptif mais plus prosaïque des "Mille Iles", on devine sans peine, à côtoyer ces paysages, cette faune et cette flore, ce qui devait rythmer, pour les Indiens, le cycle des saisons : la limpidité de la lumière à l'approche de septembre, les grandes manoeuvres des oiseaux dans le ciel, la disparition progressive des hérons et des oies envolés vers d'autres cieux, les érables qui rougissent, les premiers brouillards, les neiges, les parties de pêche sur le fleuve figé par la glace, la fumée qui s'échappe des maisons longues où vivent les familles, puis le vacarme des blocs de glace qui s'entre-choquent au début du printemps, le retour des oiseaux, les bonds des carpes qui fraient, l'appel des grenouilles amoureuses et, dès les premiers jours d'été, l'apparition des premières baies.
Toutes tribus confondues, les Indiens faisaient sécher des baies qu'ils mélangeaient à de la graisse (de la moëlle lorsqu'ils en avaient) fondue dans laquelle ils incorporaient également de la viande d'élan ou de bison séchée puis réduite en poudre. Ils obtenaient ainsi le pemmican, aliment facile à transporter dans les parties de chasse ou les expéditions guerrières, dont la forte teneur en vitamine C leur évitait le scorbut. Dans nos régions, ces baies pouvaient être des canneberges (cranberries), des saskatoons (que les premiers colons appelaient les "juneberries" parce qu'elles se récoltent en juin) ou bien encore des cerises, des myrtilles, etc.
S'il y a belle lurette qu'on ne fait plus de pemmican sur les rives du St-Laurent, bien des habitants des Mille-Iles, notamment parmi les moins fortunés qui se retrouvent sans emploi dès que le fleuve est pris dans les glaces, pratiquent encore la chasse et la pêche pour nourrir leurs familles. Ceux qui possèdent un congélateur le remplissent de viande de chevreuil ou d'élan (qu'ils vont chasser au Québec). L'un de nos voisins n'a jamais mangé de viande de supermarché et n'en a jamais donné à ses enfants. Un autre, qui vit dans un bateau tout l'été, réserve une bonne partie du mois de septembre à la confection du "jerky" de chevreuil qui lui permettra de tenir tout l'hiver (j'ai lu dans Wikipedia que le "jerky" était un plat inca, originellement à base de viande de lama). Et beaucoup cueillent aussi des myrtilles ou autres baies qu'ils surgèlent ou dont ils font des confitures.
Apercevant à Kingston, chez Tara, des sacs et des sacs de saskatoons et d'airelles rouges (lingonberries) surgelés et sachant que l'Homme raffole de la confiture d'airelles rouges d'Ikéa, j'ai eu envie d'en faire moi aussi de la confiture. Le saskatoon est beaucoup moins acide que l'airelle rouge et je me suis dit que le mélange serait sûrement savoureux. Je ne me suis pas trompée, il est délicieux. Ikéa n'a plus qu'à bien se tenir !

Ingrédients (pour 5 pots de 250 g chacun) :
450 g d'airelles rouges (lingonberries) surgelées
450 g de saskatoons surgelés
700 g de sucre (je n'ai pas osé en mettre moins mais peut-être pourrais-je essayer la prochaine fois car la confiture a pris sans problème et pourrait être un brin moins sucrée. Mais se pose alors l'éternel problème de la conservation si on ne veut pas s'embêter à stériliser les pots après les avoir remplis...)
un filet d'eau

Méthode:
  1. Verser les baies encore surgelées dans une grande marmite à fond épais, y ajouter le sucre, bien remuer, puis ajouter un petit filet d'eau (juste assez pour fondre une partie du sucre)
  2. Amener à ébullition et laisser cuire une demie-heure (les lingonberries demeurent un peu fermes assez longtemps. La prochaine fois, j'essaierai de les pocher à l'avance dans un peu d'eau comme j'avais fait pour le cassis).
  3. Verser dans des bols préalablement ébouillantés et séchés. Fermer hermétiquement et retourner. Remettre à l'endroit au bout de 24 heures et conserver dans un endroit sombre et frais.

3 commentaires:

  1. Cette recette et tout ce que tu écris autour d'elle me ravit. C'est bien dommage qu'il n'y ait autour de chez moi pas plus d'airelles fraîches que de saskatoons, j'aurais aimé en faire (et mes filles adoreraient manger une baie qui possède un nom si original!).
    Je connais de nom le pemmican mais n'imaginais pas du tout que c'était fabriqué comme tu nous l'expliques.
    Très belle photo de la semaine aussi, superbe.

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  2. As-tu deja essayé de faire tremper les fruits avec le sucre la nuit précédant la cuisson, cela évite de mettre un filet d'eau. Personnellement je trouve cela meilleure et si en fin de cuisson j'ai trop de liquide je m'en sert pour les yaourts ou compote. Pour la conservation si tu ne mets pas de pectine tu peux ajouter du citron ou un jus de citron.Cela ne change pas le gout car il en faut très peu.

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  3. Bonjour, AC ! C'est une bonne idée, en effet, que de faire tremper les fruits toute la nuit. Même juste une heure serait bien. J'ai déjà essayé et ça a donné d'excellents résultats. Mais ces baies renfermaient tant de pectine que le filet d'eau n'a pas posé problème, heureusement.

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