15 août 2008

Julia Child

(photo trouvée sur le site du Boston Globe)
Julia Child - qui est décédée il y a eu 4 ans exactement avant-hier - aurait aujourd'hui 96 ans. Je n'ai encore lu aucun de ses livres de cuisine (je possède Baking with Julia mais je ne peux pas dire que je l'ai beaucoup ouvert) ni vu aucune de ses émissions de télévision, sauf quelques-unes des leçons de boulange disponibles sur le site Julia Child: Lessons with Master Chefs de PBS. Alors pourquoi marquer son anniversaire ? Eh bien, parce que je viens de finir de lire, ou plutôt d'écouter sur cédés dans la voiture, un livre d'elle emprunté à la bibliothèque, My Life in France (écrit vers la fin de sa vie en collaboration avec l'un de ses neveux sur la base de lettres, de récits, de menus, d'articles, etc. qu'elle avait pu conserver ou retrouver). Et j'ai été conquise.
D'abord, j'ai un faible pour les mémoires, journaux, biographies et autres recueils de correspondance où résonnent des voix aujourd'hui muettes*, et puis le coup de foudre qu'elle a ressenti pour la France dès le premier jour où elle a mis le pied sur le sol français, à l'automne 1948, me l'a rendue profondément sympathique. Il faut dire que son mari, Paul Child, peintre et photographe, amateur de bonne chère et de bons vins, diplomate de carrière, l'avait entraînée dès leur descente du paquebot du Havre au restaurant La Couronne à Rouen, où il lui a fait découvrir huîtres, sole meunière et Pouilly-Fuissé !
Il n'en a pas fallu davantage. Julia est allée de découverte en émerveillement et n'a eu de cesse d'apprendre le français et la cuisine. Dotée d'un esprit méthodique et d'une excellente mémoire gustative, mue par une véritable passion pour son pays d'adoption (car elle considérait la France comme sa patrie spirituelle), elle a fait découvrir notre cuisine à ses compatriotes américains, d'abord dans Mastering the Art of French Cooking, écrit avec Simone (Simca) Beck, puis dans divers autres livres de cuisine et émissions de télévision. Pionnière de la cuisine lente aux États-Unis, elle leur a appris à apprécier, par-delà la cuisine française, les produits locaux et les ingrédients frais et de bonne qualité et leur a fait toucher du doigt (grâce à ses émissions de télé) le plaisir que l'on pouvait éprouver à prendre son temps devant les fourneaux. Par là, elle a ouvert la voie à la chef du mouvement Slow Food aux USA, je veux parler bien sûr d' Alice Waters de Chez Panisse.
Julia et son mari s'étaient fait construire une maison en Provence (avant que la Provence ne devienne la coqueluche des étrangers) et y passaient plusieurs mois par an. Ne me demandez pas où se trouvait exactement cette maison (non loin de Cannes, c'est tout ce que j'ai compris) car le seul reproche que je puisse faire à la version sur cédés du livre (par ailleurs bien lue malgré qu'on eût préféré entendre la voix de Julia Child elle-même, mais le livre est paru, hélas, après sa mort) est que Kimberley Farr, la narratrice, écorche horriblement le français, en particulier les noms de lieu et de recettes. Parfois c'est comique, parfois c'est agaçant.
Julia Child était assez réservée. On lui a reproché de ne pas avoir montré suffisamment d'émotion en racontant la mort de son père ou en parlant de la vieillesse difficile de son mari (lequel avait 10 ans de plus qu'elle). Personnellement je respecte sa discrétion. Nous n'avons pas à tout savoir d'elle. L'essentiel de ce qu'elle nous a laissé, après tout, ce ne sont pas ses souvenirs perso mais ses recettes.
Française habitant l'Amérique, je suis curieuse de voir comment elle a su tirer parti des produits que l'on trouve ici pour recréer avec brio des recettes traditionnellement françaises. J'ai donc commandé à ma bibliothèque les deux tomes de Mastering the Art of French Cooking et aussi From Julia Child's Kitchen, livre dont elle dit dans My Life in France que c'était son livre de cuisine le plus personnel. Elle avait coutume de conclure ses émissions en souhaitant en français à ses auditeurs "Bon appétit". Moi, aujourd'hui, je lui dis "Bon anniversaire, Julia, où que vous soyez , et surtout, merci !"
* Mon père, qui est mort à l'âge de 92 ans, a écrit ses Mémoires culinaires et gastronomiques (destiné à un lectorat strictement familial) à l'âge de 90 ans et dans la préface à cet ouvrage, il écrit ceci:
On ne peut pas refuser de transmettre le savoir. J'aurais honte d'emporter dans la tombe la recette de mon lapin à la moutarde ou celle du coquelet aux olives de Nice. Que diable, on ne transmet pas que des gènes ou des biens matériels!
Je me suis donc mis à l'ouvrage - avec urgence - dame, à 90 ans le temps presse !
Et l'oeuvre a pris vie. Elle s'est mise à exister, à avoir une personnalité, une vie propre, une âme. Je l'ai sentie tisser avec mes descendants, proches ou lointains, des contacts vivants, résolus à ne pas mourir.
En fait, je leur tiens des propos familiers, de vivant à vivant: mes "recettes" ne sont pas rigides. Nous sommes côte à côte, face aux fourneaux, partageant espérances et anxiétés, discutant, oeuvrant en commun.
Julia Child et mon père avaient des points communs.

2 commentaires:

  1. Merci pour ce beau billet sur J.Child, très intéressant. Mais maintenant, tu nous dois une suite, à nous tous Français qui ne pouvons commander ses ouvrages à notre bibliothécaire local!
    Quant à ce que tu écris de ton père (mon grand-père), voilà qui expliquera à tous tes lecteurs combien notre goût pour la transmission de nos expériences en cuisine nous vient de loin! Il aurait eu 95 ans il y a peu...

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  2. Je suis toute émue de bon matin! En plus, je la comprends très bien cette grande dame de la gastronomie car j'ai vécu la même chose en arrivant en France, un pays que je ne pourrais plus quitter (j'ai même pris la nationalité). Et en ce qui concerne la gastronomie de ce pays...elle m'a ouvert les yeux à toutes les possibilités, les produits, les techniques. Je ne comprends pas tous ces français qui laissent tomber la culture du slow-food qui fait partie de l'héritage de ce pays. Mais heureusement il y a des gens, que ça soit là-bas ou ici qui y tiennent toujours et qui aiment partager leur savoir faire.
    Et les bonnes recettes de ton père, tu pourras les partager?
    Jane

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