22 septembre 2008

Embrouillé(e) par les oeufs...


...ou du moins par leur étiquetage de ce côté-ci de l'Atlantique ? Vous n'êtes pas le seul ou la seule, à tel point que le New York Times a jugé bon de publier un article décodant les descriptions que l'on trouve sur les boîtes.



"Cage-free" signifie tout simplement que les poules n'ont pas été élevées en cage. Lorsqu'elles sont "free-range", elles ont accès à l'extérieur. Si elles sont "pasture-raised", elles ont accès à de l'herbe. Celles dont les oeufs sont "animal welfare approved" sont élevées dans des conditions de confort minimum ("humane"), c.à.d. dans une ferme familiale en compagnie de tout au plus 499 congénères et ont accès, dès l'âge de 4 semaines, à un espace non traité aux pesticides et riche en végétaux. Elles peuvent prendre des bains de poussière et on n'a pas le droit de leur épointer le bec ou de les nourrir de produits d'origine animale. Le seul problème est que les oeufs de cette dernière catégorie de poules ne se trouvent généralement pas dans les supermarchés.
On voit parfois "Certified humane raised and handled" and "American humane certified", ce qui signifie que les poules ne vivent pas en cage mais ne veut pas nécessairement dire qu'elles ont accès à l'air libre. "Certified humane raised and handled" garantit que la poule vit dans un lieu convenablement aéré, qu'elle dispose de perchoirs et de nichoirs et que son espace vital est d'au moins 1,3 mètre carré; "American humane certified" veut dire tout simplement qu'on ne la soumet pas à un régime de famine pour qu'elle ponde davantage et que son espace vital n'est pas inférieur à 1,1 mètre carré. On voit aussi "United Egg Producers Certified", étiquette qui signifie dans la pratique que la poule dispose d'au moins 0,4 mètre carré (soit moins que la superficie d'une feuille de papier machine au format lettre), ce qui est vraiment très très petit.
L'alimentation des pondeuses a son importance: certains oeufs portent l'étiquette "U.S.D.A. Organic" (certifiés bio par le gouvernement fédéral), ce qui signifie que les pondeuses n'ont pas été élevées en cage et ont pu se promener à l'air libre (mais ça ne dit pas combien de temps par jour ni s'il s'agissait d'un espace bétonné ou d'une prairie émaillée de fleurs où elles pouvaient se goberger de tout ce qu'elles trouvaient de bon). Ça garantit par contre qu'on ne leur a jamais donné d'antibiotiques (pour quelque raison que ce soit) et que leur régime n'a contenu aucun produit d'origine animale, pesticides, engrais, OGN, etc. Si le consommateur voit la mention "Organic" non précédée de "U.S.D.A.", l'étiquette a été approuvée par un organisme indépendant ou contrôlé par un État et il lui faut mener sa petite enquête pour savoir ce qu'elle recouvre exactement.
Certains oeufs portent les mentions "U.S.D.A" et "vegetarian-fed", ce qui signifie que les pondeuses ont été nourries exclusivement de produits d'origine végétale. Mais les poules ne sont pas végétariennes de nature, elles adorent les vermisseaux et les insectes. Un régime végétarien veut donc dire tout simplement qu'on ne leur a pas donné ce que mangent leurs collègues moins chanceuses, à savoir plumes broyées, déjections de poulet, produits résultant de l'élevage de porcs ou de boeufs ou poules mortes hachées (autrement dit, les oeufs dont l'emballage ne porte pas cette mention et qui ne sont pas garantis bio par le gouvernement fédéral proviennent de poules qui sont peut-être cannibales !)
Le consommateur voit parfois sur les emballages "No hormones", ce qui ne veut strictement rien dire puisqu'il est de toutes façons interdit de donner des hormones aux pondeuses. Il voit aussi parfois "No antibiotics". La Food and Drug Administration n'autorise pas l'utisation systématique d'antibiotiques mais ne spécifie pas ce que recouvre le terme. Si les oeufs sont estampillés "U.S.D.A", les pondeuses n'ont été traitées aux antibiotiques que si elles étaient malades. S'ils portent l'estampille "National Organic Program", elles n'ont reçu aucun antibiotique.
On lit parfois sur les boîtes d'oeufs "Natural, naturally raised", ce qui ne signifie absolument rien encore une fois car, dans leur coquille, les oeufs sont de toutes façons un produit naturel (on n'a pas encore inventé de machine à pondre). On lit aussi "Fertile", terme non réglementé qui laisse entendre que les pondeuses n'étaient pas enfermées dans une cage et vivaient à proximité d'un coq. Certains consommateurs y voient un avantage sur le plan nutritionnel (bien que rien n'ait encore été prouvé). Le New York Times précise que ces oeufs sont conservés à des températures trop basses pour que des poussins puissent se développer. Aucun risque donc de tomber sur un embryon en ouvrant son oeuf à la coque. Ouf!
Les emballages mentionnent aussi souvent la valeur nutritionnelle des oeufs. "Omega-3" veut dire que, les pondeuses ayant été nourries de graines de lin ou d'algues, ils renferment une plus grande quantité d'acides gras oméga-3 (plus grande que quoi, ce n'est pas précisé), dont on pense qu'ils sont bons pour le coeur et pour l'acuité mentale. Dans certains cas, le type d'acide oméga-3 - a-linolénique (ALA) ou docosahexaaénoïque (DHA) est même spécifié et il faut se souvenir que le DHA est encore meilleur pour le coeur que l'ALA ! Et enfin on tombe parfois sur des oeufs tout simplement "pasteurized" (pasteurisés), terme réglementé par la FDA qui signifie qu'ils ont été portés à une température à laquelle les pathogènes sont détruits. Il est recommandé d'utiliser ces oeufs-là dans les recettes qui font appel à des oeufs crus ou pour les personnes à la santé délicate qui aiment bien le jaune coulant.
Dès la lecture de cet article, je me suis précipitée sur les oeufs que nous avions dans le réfrigérateur. Les plus récents avaient été achetés la veille chez Trader Joe's (la chaîne de supermarchés que je préfère) pour 3,99 dollars la douzaine. Comme vous voyez, ils sont estampillés U.S.D.A.: les pondeuses n'ont donc rien mangé d'horrible. Par contre, rien ne dit qu'elles ont couru dans les vertes prairies. Tout ce que je sais, c'est qu'elles n'étaient pas en cage et qu'elles ont dû avoir accès à des graines de lin ou à des algues puisque leurs oeufs sont riches en oméga-3.



J'ai trouvé aussi une boîte que j'avais achetée la semaine passée, toujours chez Trader Joe's. Celle-ci précise que les pondeuses ont suivi un régime végétarien et n'ont pas reçu d'antibiotiques. Par contre, les oeufs ne sont pas bio.



L'Homme a par ailleurs rapporté une grande boîte d'oeufs des rives du Saint-Laurent où il est allé fermer la maison pour la saison. Il s'agit probablement d'oeufs "industriels" puisque l'emballage ne donne que des indications de taille ("grade A large"). On trouve bien la mention "Fine Quality", mais elle n'est pas réglementée et quel éleveur mettrait sur l'emballage "oeufs de qualité médiocre" ? Pour compenser l'absence d'estampilles de qualité, on nous montre l'image d'une jolie poulette qui ne pond que pour nous.





J'ai enfin retrouvé l'emballage des oeufs que j'avais achetés il y a quelques semaines au marché; je l'avais conservé à des fins de recyclage.



Ces oeufs étaient très bons; ils m'ont semblé plus goûteux que les oeufs bio de Trader Joe's mais était-ce un effet placebo ? Je pensais en effet qu'ils venaient d'une ferme. Or, à bien regarder, rien n'indique qu'ils étaient bio. Ils portent la mention "all natural" dont on a vu qu'elle ne signifiait absolument rien et "free range", ce qui veut dire que les pondeuses avaient le droit de sortir mais dans quelles conditions, on ne sait pas. Par contre, ils m'ont coûté 51 cents de plus à la douzaine que les oeufs les plus chers de mon supermarché favori. Est-ce le prix à payer pour avoir la satisfaction de manger local (d'être comme on dit ici un "locavore")?
Y'a pas à dire, c'était plus simple autrefois quand on achetait tout simplement nos oeufs à la ferme le dimanche avant de rentrer sur Paris ou encore mieux, quand on allait les chercher dans le poulailler de mes grands-parents paternels ! Je me souviens qu'on nourrissait poules et poulets de grains lancés à la volée (mon grand-père en avait plein les poches) et que, le reste du temps, ils grattaient le sol et se baladaient dans un grand enclos. Je me souviens aussi que ces volailles étaient délicieuses (rôtis, les poulets figuraient fréquemment au menu le dimanche à midi; bouillies, les poules se mangeaient plutôt le soir, toujours avec une pensée reconnaissante pour Henri IV)...
Je serais curieuse de savoir si le consommateur européen est confronté à une telle myriade de choix et si oui, si les emballages sont moins énigmatiques que chez nous.

1 commentaire:

  1. il me semble que c'est moins compliqué en France, mais comme j'achète toujours des oeufs bio et pas en supermarché,je suis peut-etre pas la plus à meme de dire ça !

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