11 septembre 2008

Pudding au pain, aux tomates et aux légumes


Les anglophones ont une expression éloquente pour désigner les plats qui vous requinquent. Ils parlent de "comfort food" (littéralement de "plats réconfortants"). Il s'agit souvent de gâteaux de viande ("meatloaf") ou d'un plat typiquement réservé autrefois au dimanche soir comme le "pot roast" (rôti de boeuf nécessitant une assez longue cuisson et servi entouré de pommes de terre et autres légumes) ou encore de macaronis au fromage, etc. Dans le registre sucré, on range, entre autres, dans cette catégorie les gâteaux de riz et les puddings au pain. La recette que je vous propose aujourd'hui est celle d'un pudding salé venu à point pour nous réchauffer l'autre soir alors que nous étions passés en l'espace de 24 heures d'une canicule assez pénible, surtout le soir, à une température plus que frisquette à laquelle nous n'étions aucunement préparés.

Dans notre maison, comme vous pouvez l'imaginer, il y a souvent des restes de pain. Bien que le pain au levain puisse se conserver très longtemps (parfois des semaines sans sécher complètement), on n'a pas nécessairement envie de consommer du pain qui a déjà plusieurs jours alors qu'une miche odorante vient justement de sortir du four. On peut l'utiliser le "vieux" pain de bien des manières (croûtons, chapelure, par exemple) mais on peut aussi en faire la base d'un plat complet aux légumes de saison. Cette semaine, on avait plusieurs pains à terminer (dont du pain au romarin et au citron), des tomates de toutes les couleurs, des haricots verts frais, du chou-fleur déjà cuit et quelques morceaux de pâtisson et j'étais justement en train de me demander comment combiner tout cela agréablement quand je suis tombée sur cette recette de pudding salé sur le site du New York Times.

Comme vous allez le voir, c'est une recette très sympathique car elle associe des saveurs d'été (tomates, ail, romarin, thym) à un goût de fondue au fromage et donc, en quelque sorte, elle annonce les plaisirs gustatifs à venir sans toutefois obliger à renoncer à ceux des vacances qui se terminent.

C'est moi qui l'ai traduite et adaptée.

Ingrédients (pour 4):
2o0 g de pain rassis (complet ou semi-complet si possible) coupé en tranches d'un centimètre d'épaisseur (si le pain n'est pas rassis, on peut le toaster légèrement afin de le dessécher)
2 grosses gousses d'ail pelées et coupées en deux (enlever le germe vert s'il y a lieu)
50 g de gruyère râpé
30 g de parmesan râpé
500 g de tomates fraîches et fermes coupées en rondelles (j'ai utilisé 3 belles tomates olivette et deux grosses poignées de tomates cerise de toutes les couleurs coupées en deux)
un reste de légume (chou-fleur, pâtisson et haricots verts dans mon cas mais des champignons, des blettes, des courgettes, etc. auraient tout aussi bien fait l'affaire)
1,5 cc de romarin frais haché (la recette d'origine dit d'en mettre 2)
1 cc de thym frais haché (n'ayant pas de thym, je me suis cantonnée au romarin et j'ai salé avec du sel au romarin qu'on avait acheté au marché fermier. Si on a de la sarriette dans le jardin, ce pourrait être une excellente occasion de s'en servir)
4 oeufs
475 ml de lait
sel et poivre

Méthode:
  1. Allumer le four (350 F/175 C)
  2. Frotter les tranches de pain des deux côtés avec l'ail et en tapisser un plat à four préalablement huilé à l'huile d'olive
  3. Mélanger les deux fromages dans un bol
  4. Poser une couche de tranches de tomates sur la couche de pain (en intercalant les tomates cerise entre les tranches plus grosses si on en utilise), parsemer de fromage et de romarin haché, saler et poivrer légèrement
  5. Poser sur les tomates la deuxième couche de pain et la recouvrir de tomates, du reste du romarin et d'un peu de fromage. Saler et poivrer légèrement
  6. Battre les 4 oeufs dans le lait et verser doucement sur la garniture pain-tomates
  7. Saupoudrer le plat du reste du fromage et faire cuire à four chaud pendant une quarantaine de minutes
  8. Si nécessaire, allumer un instant le gril pour dorer le dessus
  9. Servir immédiatement accompagné d'une salade verte assaisonnée à l'huile d'olive et au vinaigre de vin.
Quand j'étais enfant, on consommait le pain rassis essentiellement de deux façons : chez mes grands-parents, par exemple, on en garnissait les assiettes creuses dans lesquelles on versait, le soir, une grosse soupe de légumes. Le bouillon était brûlant, il clignait de multiples yeux dorés dans l'assiette, les morceaux de légume étaient très gros (carottes quasiment entières, quartiers de choux, demi-navets, poireaux effilochés, pommes de terre coupées en deux) et le pain se ramollissait beaucoup trop vite pour mon goût. J'aurais préféré qu'on me le donne sec et le couper moi-même à mesure dans l'assiette. Mais bon, ce n'était pas la tradition des aïeux et il fallait donc en passer par le pain détrempé. Je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais vu un de mes parents ou grands-parents faire chabrol (ce qui consiste à verser un coup de vin rouge dans l'assiette quand elle est presque vide et à le boire à même l'assiette).
Chez mes parents, par contre, par delà la chapelure que ma mère confectionnait religieusement à l'aide d'un petit moulin mécanique, on gardait surtout le pain pour en faire du pain perdu. Nous adorions ça, nous, les enfants. Loin d'émerger trempé et difforme comme dans la soupe, le pain retrouvait toute sa noblesse: la croûte résistait légèrement sous la dent et la mie fondait de plaisir sur la langue. Un vrai régal et d'autant plus merveilleux qu'il prenait des formes imprévisibles: nous ne savions jamais si nous allions tomber sur un morceau de baguette, un morceau de gros pain ou une tranche de pain de mie...
Chacun sa madeleine, j'imagine. Proust voyait sortir de sa tasse de tilleul toutes les fleurs du jardin de sa tante, et les nymphéas de la Vivonne, et l'église, et tout Combray et ses environs, et moi, à évoquer le goût du pain perdu, je vois surgir de mon assiette une cuisine parisienne biscornue, une vieille table en formica ourlée d'aluminium, une fenêtre étroite donnant sur une cour sombre, une chaudière au gaz émaillée de blanc qu'il fallait allumer tous les matins et éteindre tous les soirs, un frigidaire massif venu d'outre-atlantique, et ma mère devant le fourneau, le sourire aux lèvres (elle avait toujours l'air heureux quand elle faisait du pain perdu, peut-être parce que c'était l'un des plats phares de son enfance dauphinoise), dorant inlassablement dans la poêle des morceaux de pain préalablement trempés dans un mélange d'oeufs battu dans du lait que nous saupoudrions de sucre dans nos assiettes. Rien à voir avec le pain perdu ("French toast", comme on dit ici), pourtant souvent très bon aussi, des restos américains.
Nostalgie en moins, le pudding au pain et aux légumes odorant, brûlant et savoureux nous a réconciliés à merveille, l'autre soir, avec l'arrivée brutale de l'automne. L'étiquette de "comfort food" lui convient donc parfaitement.

2 commentaires:

  1. nostalgie, nostalgie ...

    RépondreSupprimer
  2. Me reviennent en tête des souvenirs de pain perdu bien sucré, avec des raisins secs si je ne me trompe pas, que Maman faisait quand j'étais enfant... Mmmmm, merci pour le petit voyage intérieur!
    Plus récemment, Hélo nous a fait un pain perdu au chocolat, c'était bien sympa aussi.
    Par contre, jamais encore essayé de version salée, faudrait que je le fasse. Merci pour la recette/idée!

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.