01 septembre 2008

Week-end Slow Food à San Francisco

Né d'une manifestation contre l'ouverture d'un McDonald's à Rome dans les années 80 et longtemps considéré comme fondamentalement européen et élitiste, le mouvement Slow Food (Cuisine lente) connaît sa première manifestation de masse aux États-Unis ce week-end à San Francisco. Début juillet, le maire a autorisé l'installation d'un jardin sur les pelouses de l'Hôtel de ville à partir de plants et de semences gracieusement fournis par divers organisations et jardiniers intéressés dans tout le pays. Tous les produits de ce jardin vont aux restos du coeur locaux.

Je m'intéresse au mouvement depuis que j'ai lu The Omnivore's Dilemma:A Natural History of Four Meals de Michael Pollan , qui raconte l'histoire des aliments entrant dans la composition de quatre repas différents (voir le long article du magazine du New York Times sur la question). Écrit avec verve et humour, ce livre m'a ouvert les yeux sur la prévalence du maïs et du pétrole dans les produits que l'agro-alimentaire offre au consommateur américain et sur la détérioration de l'environnement qu'elle entraîne. Il n'a pas encore été publié en français mais dès sa sortie, je vous recommande d'aller le feuilleter dans une librairie pour voir s'il vous parle autant qu'à moi. Si vous vivez en Europe, il est possible que vous ayez des produits plus sains à votre disposition et que les boeufs et porcs dont vous mangez la viande ne soient pas élevés comme ici dans des usines où ils foulent aux pieds toute la journée leurs propres immondices (on les bourre d'antibiotiques pour qu'ils ne tombent pas malades) et nourris d'aliments qui n'ont rien à voir avec ce que mangent leurs semblables élevés selon les méthodes traditionnelles, que vos poulets n'aient pas le bec tranché pour leur éviter de s'entretuer, etc. Vous vous sentirez donc peut-être moins concernés. Mais pour moi, ce livre a été un appel à l'action, d'autant que j'avais lu et beaucoup aimé Fast Food Nation, d'Eric Schlosser, qui m'avait déjà interpellée.

Michael Pollan, Alice Waters et autres fervents partisans de la cuisine lente sont acquis à la consommation de produits locaux et saisonniers. Pas question de manger des asperges ou des cerises en plein hiver (sauf si on les a surgelées ou mises en bocaux lors de la cueillette) ! Évidemment c'est plus facile si on habite en Californie où d'excellents produits sont disponibles à longueur d'année qu'au coeur du Kalahari ou au Groënland. Mais d'autres moins bien lotis du point de vue climatique se sont ralliés à la cause. Ainsi l'écrivain Barbara Kingsolver qui habite en Virginie dans les Appalaches raconte dans son livre Animal, Vegetable, Miracle: A Year of Food Life comment elle et sa famille ont vécu toute une année du fruit de leur labeur (si on peut parler de fruit à propos d'oeufs, dindons, poulets et autres légumes ! ), achetant à leurs voisins ce qu'ils ne produisaient pas. Ils ont dépensé 50 cents (35 centimes d'euro) par repas en moyenne pour l'année, somme extraordinairement modeste pour une famille de 4 personnes dont 3 adultes et une enfant de 9 ans), ne consommant rien qui n'ait pas été produit localement. Je n'ai pas encore lu le livre, je ne sais donc pas s'ils avaient renoncé ou non au café et si oui, par quoi ils l'avaient remplacé. Je pourrais me passer de bananes, de mangues ou d'ananas mais de café, ce serait dur !

Le week-end Slow Food est structuré autour de diverses manifestations, conférences, tables rondes, excursions et repas dans des restaurants de San Francisco, pour lesquelles on peut se procurer des billets sur le Web. On s'est arraché ces entrées dont certaines sont gratuites mais d'autres (par exemple, les repas) souvent fort chères. Bien que tous les fonds recueillis aillent à des organismes à but non lucratif, notamment de protection des petites fermes familiales, le budget de tout un chacun ne permet pas nécessairement ce genre de contribution.

Nous avons choisi pour notre part de déjeuner, assis (à l'ombre) sur des bottes de paille, de produits proposés par des éleveurs locaux.

Il y avait notamment un poulet fermier rôti à la broche accompagné de petites pommes de terre au romarin qui sentait divinement bon mais, vu la chaleur, je lui ai préféré la salade de tomates. J'ai bien fait car elle était délicieuse (je crois qu'il s'agissait de tomates de la variété Early Girl). Jamais plus je ne dépenserai un centime pour des tomates de supermarché ! Ou alors je n'appellerai pas ça des tomates...

Le long du jardin, devant l'Hôtel de ville, a été installé un petit marché où des producteurs locaux, souvent des fermiers, proposent leurs produits à la dégustation et à la vente. On y trouve de tout, depuis des citrons Meyer (sur lesquels je me suis précipitée, comptant bien réessayer de faire le pain au citron Meyer et au romarin de Della Fattoria dès mon retour chez moi)...

...jusqu'à des champignons hors du commun...

...en passant par du miel exquis (j'en ai goûté une douzaine avant de me décider pour le "San Francisco Bay Area Beekeepers' Blend", mélange de miels produits dans les comtés bordant la baie de San Francisco, de Marshall's Farm Honey, dont le goût rappelle celui de la crème de marrons vanillée de l'Ardèche)...

...des pois chiches frais (qui peuvent se cuisiner comme des petits pois ou se rôtir au four dans leur coque)...
...des endives hydroponiques cultivées par des Belges qui habitent la Californie depuis des années...
...du pain (mais pas de "grands" pains, les principaux artisans boulangers de la région n'étant pas représentés, sans doute faute du personnel suffisant pour assurer ce marché en sus de tous les marchés réguliers de la région et de leur boulangerie, et puis les pains non industriels étant par définition des produits locaux, ils n'ont sans doute pas grand chose à prouver)...

...et mille autres produits encore, le riz brun et le blé de Massa Organics, la choucroute au piment (étonnamment légère et savoureuse) de Farmhouse Culture, les fromages de vache et de chèvre, les huîtres, les viandes, la charcuterie, etc. Je n'ai certainement pas tout photographié, encore moins tout goûté ! Il faisait très chaud. Des stands distribuaient fièrement de l'eau du robinet (l'eau de San Francisco, la meilleure des US !) dans des verres en plastique, compostables bien sûr, cherchant à faire échec au tsunami des bouteilles en plastique qui, elles, ne le sont pas...

Et à la sortie du marché, deux représentants du mouvement Slow Food tenaient à la disposition de tout un chacun un exemplaire du projet de déclaration pour une agriculture et une alimentation saines. Ils ne faisaient pas de prosélytisme, n'essayaient pas de battre le rappel des bonnes consciences. Ils étaient juste là, avec leur texte, prêts à répondre à toutes les questions et à prendre note de toutes les observations. Je n'ai rien signé sur place mais j'ai pris note de l'adresse Web. J'ai signé la déclaration aujourd'hui.

Si vous voulez lire les reportages du New York Times sur ce week-end, cliquer ici, et .

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